Le Parlement suspendra ses travaux à la fin de la semaine prochaine en raison des fêtes de Noël et du Nouvel An. Peut-être est-ce l’occasion de jeter un œil sur le travail de nos parlementaires compiégnois.
Lucien Degauchy n’a rien changé à sa méthode. Il se moque comme d’une guigne des débats parlementaires. Il n’est intervenu ni en séance, ni même en commission. Il n’est l’auteur d’aucune proposition de loi et n’a à son actif que 14 questions écrites au gouvernement. Mais il est omniprésent lors des séances de questions d’actualité, le mardi et le mercredi, quand la télévision retransmet, en direct, les travaux de l’Assemblée nationale.
Il a conservé ses vestes beurre frais ou vert pomme assorties de cravates rouge vif ou bleu brillant, qui vous le ferait repérer dans la nuit noire et que les caméras ne peuvent que capter. A la moindre intervention d’un député de gauche ou même du centre, il vocifère au point d’être rappelé à l’ordre par le Président Accoyer. Ainsi se résume l’existence parlementaire du député Degauchy. Quand le Palais Bourbon résonne encore des voix de Jaurès, Blum ou Clémenceau, on se demande ce que fait là ce personnage sorti tout droit des Deschiens.
Reconnaissons-lui toutefois une vraie présence de terrain. Dans sa circonscription, il s’applique à panser les plaies causées par la politique qu’il soutient.
Finalement, il suffit de savoir donner le change. Et Lulu est un expert. C’est peut-être lui d’ailleurs l’inventeur du sarkozysme.
Gonnot cultive un autre registre, celui du dandysme parlementaire. C’est un dilettante. Il n’a, lui non plus, à son actif ni proposition de loi, ni intervention en séance ou en commission et seulement 7 petites questions écrites. Mais il tient à passer pour un député connu et reconnu, davantage d’ailleurs dans les salons que dans l’hémicycle. Il se présente volontiers comme un spécialiste des questions énergétiques ou du transport aérien, ce qui lui permet de parader dans des colloques parisiens, dont le droit d’entrée est payant pour les participants. Lui paraît plutôt sorti d’un vaudeville, style gendre idéal. La politique, c’est d’abord une source de revenus pour ce personnage. Il ne fait pas désordre dans Sarkoland. Il a le goût du paraître, souvent celui du disparaître, puis du réapparaître, le temps de l’élection. Tout est dans le clinquant, le brillant mais ce qui brille n’est pas toujours or. Les Noyonnais seraient bien inspirés d’y réfléchir à temps.
Le sénateur Marini est d’une autre trempe. Rapporteur général de la commission des finances, c’est un bosseur. Il est en première ligne dans la politique du gouvernement. Mieux que ça ! Si ses deux collègues compiégnois votent tout sans toujours savoir ce qu’ils votent, lui, il sait. Et il trouve même que Sarkozy et Fillon sont un peu mous.
Ainsi, cette semaine, a-t-il été l’auteur d’un amendement visant à récupérer sur les successions l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) accordée aux personnes âgées de revenus modestes. Il est également à l’origine d’un amendement tendant à fiscaliser les livrets A d’épargne populaire.
Dans le même registre, il est l’instigateur de nombreuses propositions tendant à multiplier les cadeaux aux plus riches, à exonérer des cotisations sociales les entreprises.
Prêter aux riches et faire payer les pauvres, tel est le credo de M. Marini.
Il figure au rang de ceux qui craignent que les riches quittent la France si nous leurs demandons trop de comptes.
Il existe- il est vrai- un précédent historique : l’abolition des privilèges, dans la nuit du 4 août 1789, fit fuir hors des frontières les privilégiés à particules, ceux qui- dirions-nous aujourd’hui- ne branlaient rien pour gagner plus.
Il a fallu cette expérience pour s’apercevoir que le pays n’avait pas besoin d’eux, que la richesse est d’abord le fruit du travail de ceux qui la produisent et qu’ils ont donc à ce titre des prétentions légitimes à la posséder et à en vivre.
Aujourd’hui, les privilégiés n’ont plus de particules. Ils sont actionnaires et peuplent les conseils d’administrations des multinationales. S’enrichir est leur unique credo, comme leurs ancêtres de l’ancien régime. Ils sont nos nouveaux parasites et tel le vers solitaire, ils se développent en se nourrissant de l’intérieur même du corps social que, par leur voracité, ils affaiblissent car celui-là ne produit jamais assez pour les satisfaire.
M. Marini et les siens font donc fausse route en les abreuvant. Ils les encouragent dans leur prédation.
De nouveaux 4 août sont nécessaires. Mais il ne faudra pas compter sur nos 3 parlementaires compiégnois. Les deux premiers vont à la soupe et le troisième la mitonne.