Une autre politique pour la France, un projet de développement pour le Nord-Compiégnois
Le projet de loi contre la récidive voulu par Nicolas Sarkozy est venu en débat, cette semaine, au Sénat. Il fait contre lui l’unanimité du monde judiciaire, médical et social. Il vise à instaurer des peines plancher, à écarter l’excuse de minorité pour juger les mineurs comme les majeurs. Bref, il s’agit d’une politique pénale exclusivement fondée sur la répression et le tout carcéral, qui devrait conduire, selon Pierre Victor Tournier, chercheur au CNRS, 10 000 personnes de plus en prison par an. Ce choix a-t-il une chance de faire reculer la délinquance et d’éviter la récidive ? L’expérience montre, hélas, que non.
Cette loi n’est d’abord pas une première. Durant les trois années écoulées, trois textes ont été adoptés par le Parlement pour lutter contre la récidive : il y eut Perben II en mars 2004, puis celui de Pascal Clément, tout entier consacré au sujet et, enfin, en décembre dernier, un dénommé Sarkozy, alors Ministre d’Etat, présentait un projet sur la prévention de la délinquance.
Pour quels résultats ? Une surpopulation carcérale avec 63 500 détenus, soit une augmentation de 18% en cinq ans et des conditions de détention parmi les plus lamentables et indignes en Europe ; un taux de remplissage des maisons d’arrêt et des centres de détention, qui se monte entre 120 et 200% ; des chiffres de la délinquance que nous savons manipulés pour attester d’un recul alors qu’il n’en est rien, que la délinquance- celle des jeunes en particulier- se révèle de plus en plus violente.
Par conséquent, ce nouveau projet de loi relève plus de l’effet de communication confortant l’image d’homme de l’ordre, que s’est peaufiné Sarkozy, que de la volonté d’action réelle contre la délinquance.
Le rapport sur la récidive, présidée par le professeur Jacques Henri Robert, rappelle d’ailleurs que les peines plancher instaurées aux Etats-Unis et au Canada n’ont pas eu- loin s’en faut- les effets escomptés et conduisent à une délinquance encore plus violente.
Il faut noter que le gouvernement lui-même ne croit pas à cette politique. Au moment où il veut instaurer des peines plancher pour faire reculer la récidive et donc diminuer la population carcérale, il prévoit, dans le même temps, d’accroître le parc pénitentiaire.
Devant le Sénat, Robert Badinter a bien exprimé ce qu’il convient de penser de ce projet de loi et l’approche efficace que la récidive nécessiterait.
« Nous savons, a-t-il déclaré,- le constat est ancien- que le premier foyer de récidive, c’est la prison, que dans les maisons d’arrêt surpeuplées se côtoient dans la même cellule de vieux chevaux de retour et des primo-délinquants, des professionnels du crime et des jeunes qui sortent de prison avec des adresses et des leçons… La vraie question est celle de la signification de la récidive. C’est évidemment une faute du récidiviste mais c’est aussi un échec qui le dépasse, un échec familial et social, un échec de l’institution judiciaire elle-même. Comment y remédier, sinon en agissant pour une réinsertion réussie ? Les procédures qui le permettent ont été multipliées ces dernières décennies : libération conditionnelle, semi-liberté, placement à l’extérieur, mais elles sont insuffisamment mises en œuvre, faute de moyens ; éducateurs, travailleurs sociaux, médecins psychiatres sont trop peu nombreux ».
En définitive, le gouvernement se fait une raison de la délinquance et de la récidive car sa politique, qui va creuser les inégalités et multiplier les exclus, en est le ferment. Il faut donc donner le change en gonflant les muscles et en jouant les pères fouettards.
Comme l’écrivait le pamphlétaire américain, Mark Twain, auteur connu pour les Aventures de Tom Sawyer (1876) : « celui qui ouvre une prison doit savoir qu’on ne la fermera plus ».