« Mes chers compatriotes,
Je vous envoie un bonjour d’Egypte où je viens d’arriver avec Carla.
Le voyage s’est bien passé. Mon pote Bolloré nous avait prêté son jet privé et nous nous sommes installés dans un petit hôtel de Louxor à 1 100 € la nuit.
Ici il fait beau, comme vous avez pu en juger sur les photos qu’ont publiées les journaux. Vous avez vu, j’ai monté les escaliers de l’hôtel en bras de chemise et Carla avec un chemisier de la même couleur que ma chemise. Tous les deux, nous portions des lunettes de soleil noires, à faire pâlir Alain Delon. Mon fils m’a même dit au téléphone qu’ « on se la pêtait grave ». Faut dire que ça avait de la gueule. J’avais fait venir les journalistes. Faut bien qu’on ait des souvenirs de vacances !
Y a pas à dire, Bolloré, il est vachement sympa. Et puis je l’aime bien. C’est un boss dans la pub et les médias. C’est pratique car non seulement il me file son avion mais il y a toujours les photographes avec.
L’Egypte, le Nil, la Vallée des Rois, c’est super bien ; presqu’autant que Disneyland.
Par contre, il y a des trucs gênants. Tu peux pas boire l’eau du robinet. Faut commander des bouteilles. Ici, ils ont pas de réseau d’eau potable, ni d’assainissement. Faudra que j’en parle à Bouygues et à mes potes de la Saur et de la Lyonnaise en rentrant, parce que les arabes, ils s’en foutent, mais nous quand on vient, c’est pas pratique, en particulier pour se laver les dents. Se les brosser à l’Evian, Carla trouve que ça fait nouveaux riches.
Il paraît qu’en France, il y a des chevelus de gauche et des attardés de 68 qui me reprochent de me comporter comme une star du showbiz. Ils n’ont rien compris.
Moi, les Français, je veux les faire rêver. Je veux que vous puissiez m’envier et vous dire que vous pourrez peut-être un jour vivre comme moi. Sans doute qu’en travaillant plus pour gagner plus, ça ne suffira pas, mais en jouant au loto et avec de la chance, allez savoir !
Bon, puis il ne faut pas exagérer. D’abord, je me suis augmenté de 170%. Faut bien que je dépense votre fric, pardon, mon salaire. D’ailleurs, souvent, ce n’est même pas moi qui paie ; c’est Bolloré et les autres. Comme dit mon fils, « ils sont pêtés de tunes, ceux-là ».
C’est pas tout ça ! Avec Carla nous faisons cet après-midi une croisière sur le Nil. C’est beau mais alors, qu’est-ce qu’il y a comme pauvres ici. C’est triste mais ce qui est incroyable, c’est qu’ils ne font jamais grève et il n’y a pas de manifs entre les pyramides. Quel beau pays !
Bon, allez, je vous souhaite une bonne année. Carla vous embrasse tous.
Au fait, je suis désolé mais je suis obligé d’augmenter le prix du gaz de 4% au 1er janvier. Evidemment, c’est pas bon pour votre pouvoir d’achat mais j’y peux rien, paraît que c’est à cause du pétrole ! Si vous n’y comprenez rien, rassurez-vous, moi non plus. »
La fanpharaon de l’Elysée.