Après la réception du grand Mamamouchi (Kadhafi), qui lui aura volé la vedette et les caméras pendant une semaine, le bourgeois gentilhomme de l’Elysée a repris ses frasques de nouveau riche.
Le dernier épisode de la saga s’est déroulé, le week-end dernier, à Disneyland. La France entière a pu découvrir la remplaçante de Cécilia, Carla Bruni, dont le carnet de bal est impressionnant et annonciateur de rebondissements futurs. Les mauvais feuilletons ont, en effet, besoin de ruptures (eux aussi) pour trouver un nouveau souffle et ne pas ennuyer le public.
En six mois, de ce point de vue, nous avons été servis.
Ainsi nous sommes-nous tout d’abord retrouvés au Fouquet’s, passage obligé des stars à la mode, puis aux Etats-Unis dans une résidence de luxe digne d’une série US, puis à bord d’un yacht généreusement prêté par le milliardaire Vincent Bolloré.
Entre temps, nous aurons eu droit à l’entrée triomphante dans le palais présidentiel avec femme et enfants, qui avaient tous l’air de gravir les marches du Festival de Cannes, à la mise en scène de Cécilia transformée en diplomate de charme et dépêchée en Libye pour délivrer les infirmières bulgares, tel un Tintin en jupon débarquant au Congo.
Tout cela valait bien, au passage, une augmentation de salaire de 170%, que s’est fait voter le nouveau M. Jourdain par ses députés- courtisans.
Le personnage de Molière était grotesque et manipulé. Le nôtre ne craint pas non plus le ridicule mais il est le manipulateur.
La presse française rend compte avec délectation et complaisance de cette comédie du pouvoir. Les médias étrangers se gaussent de cet opéra bouffe, à côté duquel Berlusconi fait figure d’académicien distingué.
C’est peu dire que Sarkozy inaugure une nouvelle façon de gouverner. Elle se constitue de paillettes et de cotillons, prospère dans un univers artificiel reposant sur l’image et des émotions de pacotille. Elle tend à faire rêver les Français pâmés d’admiration devant la réussite, le volontarisme, l’activisme et le rayonnement factice de la star, qui tient le premier rôle et signe aussi la mise en scène. Son vœu le plus cher est de voir les citoyens, devenus spectateurs consommateurs de cette farce, s’identifier à cette gloire de cinéma.
Cela fonctionne comme la Star Ac’ : vous n’en serez pas tous mais il est permis d’espérer. Nul besoin d’être vous-même. Il vous suffit d’être la copie du modèle.
Fi de la démocratie et de la diversité. Voici l’avènement de la télécratie et de la médiocratie qui l’accompagne.
Et tant pis si l’univers impitoyable n’en sélectionne que quelques-uns pour en éliminer tant d’autres, Sarko est là pour vous faire rêver et vous sortir, grâce à la lucarne magique, de votre quotidien grisâtre.
La fin de semaine s’est joué au Vatican où le bourgeois gentilhomme nouveau a été intronisé chanoine d’honneur de Saint Jean de Latran, flanqué de Jean-Marie Bigard, un modèle de bon goût. Riez, c’est peut-être un sketch !
Nous enchaînerons avec des vacances en Egypte aux allures de peplum sponsorisé par Bill Gates. Et nous nous dirons que si la dévorante ambition de Sarkozy de se poser en empereur romain avait été moins grande, tel le nez de Cléopâtre, la face du monde et le sort de la France en eurent été changés.
Jusqu’au prochain épisode : réveillon aux chandelles chez Mac Do avec Rambo ?
Voltaire, Rousseau, Montesquieu, Diderot, réveillez-vous ! La France est dans le noir. Elle aurait besoin de vos lumières.