Chez les électriciens et gaziers, parmi les conducteurs de bus et de métro, la grève de jeudi a connu un succès massif. Les cortèges, dans toute la France, ont été à la mesure de cette mobilisation. Ils ont vu ainsi leurs rangs grossis de salariés d’entreprises privés comme des secteurs menacés de la fonction publique, de l’éducation, de la santé ou de l’ANPE et des ASSEDIC. Alors donc, les privilégiés étaient de sortie ? C’est, en effet, au nom de l’équité que le gouvernement veut mettre à bas les régimes de retraite dits « spéciaux ». Le problème dans notre société, c’est que nous sommes toujours le privilégié de quelqu’un. Le fonctionnaire est un privilégié par rapport au salarié du privé. Ce dernier l’est à son tour au regard du chômeur puisqu’il a un emploi, même s’il ne sait pas pour combien de temps, alors que l’autre n’en a pas. Et ce chômeur encore indemnisé est un privilégié sur celui qui est en fin de droit, lequel n’a pas à se plaindre s’il a un toit quand le SDF n’en a plus.
C’est ainsi qu’on dresse les citoyens les uns contre les autres, chacun devant envier la situation de son voisin, ce dernier se sentir nanti et donc se taire face à celui qui a moins encore. Beau brouillage de pistes !
Rappelons tout de même qu’avoir un travail et pouvoir en vivre n’est pas un privilège mais un droit inscrit dans nos références constitutionnelles et foulé au pied. Et plus ce droit est violé, plus il convient de faire diversion dès fois que des impudents réclament leur dû de citoyen.
N’oublions pas : quand on porte atteinte à un droit, c’est toujours avec l’objectif d’en détruire mille autres et de donner le change.
Les consciences semblent s’éclairer de ce point de vue.
Nous voyons un peu mieux ce qui se dissimulait derrière le « tout devient possible » de Sarkozy, la « rupture », le nouveau contrat social fondé sur « le mérite, le travail, l’égalité des chances ».
Le quinquennat a débuté avec un cadeau fiscal de 15 milliards d’€ aux plus riches. Il se poursuit avec le pillage de notre pacte social qui reposait sur un minimum d’exigence de redistribution sociale des richesses.
Dans la nuit du 4 août 1789, la Révolution française abolissait les privilèges, les vrais, ceux qui permettaient aux aristocrates de vivre de la sueur du peuple, de s’enrichir en dormant.
Sarkozy s’applique à les rétablir en nous faisant prendre des vessies pour des lanternes. Mais cela ne dure qu’un temps. La lumière même blafarde n’a qu’un défaut : elle éclaire.