Vendredi 29 mai 2009

Après six mois de détention, Julien Coupat est sorti de prison. Il demeure sous le régime d’un contrôle judiciaire serré, assigné à résidence en Ile-de-France, interdit de séjour à Tarnac et de contact avec ses huit co-mis en examen.

Quelles charges pèsent contre lui ? Il est en examen pour « destruction en réunion et direction  d’une association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », autant de crimes passibles des assises.

Mais sur quels faits établis, sur quelles preuves tangibles s’appuient ces accusations ? L’avantage d’une procédure relevant de la lutte anti-terroriste, outre une garde à vue de 96 heures dans un premier temps, est que tout est couvert par le secret d’Etat. C’est la justice d’exception, le retour aux lettres de cachet de l’ancien régime.

Depuis le surgissement, au petit matin dans le village de Tarnac, de 150 policiers armés jusqu’aux dents, Julien Coupat est affublé des vocables de « leader charismatique et idéologique » d’un groupe clandestin « anarcho-autonome ». Lui et ses amis appartiendraient à l’ « Ultra gauche », un concept créé pour l’occasion, destiné à la réminiscence de la bande à Baader et des brigades rouges.

Le 3 décembre, le chef de l’unité de coordination de la lutte antiterroriste déclarait que « le groupe Coupat avait organisé des sabotages et que l’intention de paralyser le pays ne faisait pas de doute ». Bref, ces gens-là menaceraient gravement l’ordre social.

Mais sont-ils, oui ou non, pour commencer, les saboteurs des caténaires de TGV à l’origine du western de Tarnac ? « La question ne sera pas posée ». Au final, il apparaît de plus en plus clair que le gouvernement a instrumentalisé Coupat et les siens pour, une fois de plus, se donner une image d’efficacité, de pourfendeur du désordre, mettre en garde tous ceux qui s’aviseraient de contester l’ordre établi. A cette aune-là, les Conti, les Caterpillar, les Goodyear et tous les autres sont des terroristes en puissance. Cela va faire du monde en garde à vue et un surcroit de surpopulation carcérale.

La disproportion entre les charges qui pèsent sur Julien Coupat et les moyens déployés par l’Etat montre en tout cas qu’un gouvernement qui recourt à de tels coups tordus n’a ni la force, ni la solidité qu’il prétend afficher.

 

Par Patrice Carvalho - Publié dans : POLITIQUE NATIONALE
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