Vendredi 2 octobre 2009

Le gouvernement a pour objectif de transformer la Poste, aujourd’hui propriété de l’Etat, en société anonyme.

Elle ne sera ouverte qu’à des capitaux publics, nous assure-t-on. C’est un processus identique qui a conduit à la privatisation de France Télécom et de Gaz de France.

Dans ce dernier cas, le Président de la République d’aujourd’hui, alors ministre, avait juré que GDF ne serait pas privatisé.

Nous connaissons la suite et les consommateurs mieux que quiconque, puisqu’ils ont eu à subir l’augmentation du prix du gaz destiné à rémunérer les actionnaires. Le même scénario se dessine pour la Poste.

Nous devrions pourtant considérer les exemples éclairants de nos voisins européens où la Poste a été livrée aux appétits de la finance. En Suède, la privatisation est intervenue en 1993. Depuis cette date, 90% des bureaux de poste ont été fermés et le prix du timbre a augmenté de 50% pour les particuliers.

Une logique similaire est déjà à l’œuvre en France sur la pression des instances européennes réclamant libéralisation des services postaux.

Depuis 2002, 6100 bureaux de poste sur 17000 ont été fermés ou transformés en agences postales communales ou commerciales et 5000 emplois postiers ont disparu.

Le changement de statut correspond à une intention clairement affirmée de poursuivre ce dépeçage.

La Poste assure un service public irremplaçable qui contribue à l’aménagement du territoire, à l’accès égal de tous à un même service en milieu urbain comme rural.

Les Français y sont attachés. La consultation par vote qui leur est proposé sur la voie publique, comme à Thourotte, cette semaine, pour s’opposer à ce projet de casse, rencontre un grand succès. Le gouvernement peut être mis en échec.

 

 

Par Patrice Carvalho - Publié dans : POLITIQUE NATIONALE
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Vendredi 2 octobre 2009

Le budget 2010 que le Parlement s’apprête à examiner est une leçon de choses du sarkozysme. Les plus fortunés continueront de bénéficier d’un pont d’or fiscal.

Le bouclier du même nom est, bien sûr, maintenu : 578 millions € de ristourne, soit 120 millions € de mieux que l’an passé. 18 893 ménages en ont profité et les 100 plus riches se seront vus restitués par l’Etat 155 millions €, soit le tiers du coût du bouclier.

Mais ce n’est rien : nos riches disposent de 469 dispositifs de niches fiscales, qui permettent d’échapper à l’impôt sur le revenu. Le manque à gagner pour l’Etat s’élève à 70 milliards €, soit la moitié du déficit public.

Et que dire des entreprises, et des plus grandes en particulier ? La réforme de la taxe professionnelle leur apportera un gain de 11,7 milliards €, dès l’année prochaine. Il faut y ajouter tous les cadeaux et exonérations divers qui leur sont accordés, soit environ 45 milliards €, dont 20 milliards € de cotisations sociales, sans effet sur l’emploi et l’investissement, comme ne cesse de le dire la Cour des comptes ?

N’oublions pas les banques que l’Etat a copieusement renflouées au plus fort de la crise des subprimes.

Figurez-vous que la BNP Paribas et la Société générale s’apprêtent à rembourser puisqu’elles ont retrouvé une forme d’enfer et recommence, comme les autres, leurs petits tripatouillages spéculatifs, comme au bon vieux temps d’avant le krach.

BNP Paribas avait perçu 5,1 milliards €.

Elle rembourse donc et l’Etat récupère, en outre, 226 millions € d’intérêts. Formidable, sauf que le remboursement s’effectue au prix de l’action au 31 mars, date de l’intervention de l’Etat, c'est-à-dire au moment où les cours étaient les plus bas. L’action valait 27,24 €contre 58,20 € aujourd’hui.

Et le scénario sera identique pour toutes les banques qui ont bénéficié de la manne publique, soit un manque à gagner pour l’Etat de 12 milliards € et tout bénéfice pour les banques.

Et le citoyen, dans tout cela ? Lui, il va payer plein pot, à hauteur d’environ 1 milliard € : 200 millions € grâce à la hausse du forfait hospitalier, 110 millions grâce à la fiscalisation des indemnités journalières d’accident de travail, 50 millions € grâce à la fiscalisation des indemnités de départ volontaire à la retraite, 100 millions € grâce à de nouveaux déremboursements de médicaments, 140 millions € grâce à une CSG sur l’assurance vie en cas de décès…

Et enfin, grande innovation fiscale : la taxe carbone, que les ménages paieront et qui rapportera à l’Etat 2,6 milliards €, soit 74 € par foyer fiscal, le coût étant plus élevé pour les familles résidant en milieu rural ou périurbain.

 

Par Patrice Carvalho - Publié dans : POLITIQUE NATIONALE
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Vendredi 18 septembre 2009

Les économistes, les institutions financières (réserve fédérale, FMI, BCE, Banque de France), les banques et les gouvernements scrutent les indices de la reprise.

Avec la foi du charbonnier, ils nous l’affirment : « elle est là ! ». Mais là, c’est où ?

C’est vrai, à la bourse de Paris, le CAC 40 progresse. Les plus optimistes prévoient, à la fin de 2009, des niveaux atteignant ceux d’avant la faillite de Lehman Brothers, dont nous venons de fêter l’anniversaire, cette semaine.

Sarkozy exulte en préparation du sommet du G20 à Pittsburgh, jeudi prochain : « nous sommes en train de moraliser le capitalisme ».

En réalité, les mieux tout relatifs enregistrés ici et là proviennent surtout de l’injection de milliards déversés par les Etats, au titre des plans dits « de relance », dans les caisses des banques et des entreprises.

Mais, sur le fond, rien n’a changé.

L’argent public a coulé à flots sans contreparties exigées. Le staff des banques qui ont joué aux apprentis sorciers sont toujours là et les jeux spéculatifs ont repris.

Le problème est que le capitalisme d’aujourd’hui prospère sur la contraction salariale mondiale, sur le déséquilibre croissant entre la rémunération du capital et celle du travail, sur la baisse de la demande et la paupérisation des classes moyennes.

D’où la crise des subprimes : prêter de l’argent à des gens qui n’en ont plus pour qu’ils consomment et stimulent la demande artificiellement et dangereusement.

Ceux-là mêmes qui croient distinguer une embellie prévoient dans le même temps la poursuite de l’augmentation du chômage. La zone euro devrait connaître un taux de 11,5% contre 7,5% en 2008. Aux Etats-Unis, le taux de chômage sera de 10% au moins.

Le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, chiffrait, cette semaine, à 300 000 le nombre d’emplois menacés à brève échéance dans le secteur industriel français.

Il ne faudra pas compter sur la consommation pour doper la croissance, ni sur les investissements et la reprise de crédits sains des entreprises.

Les financiers sont donc invités à poursuivre leurs petits tripatouillages boursiers pour faire du chiffre malgré tout.

La perspective d’un nouveau krach est donc possible. Jusqu’à quand les Etats seront-ils en mesure d’éponger ?

Les salariés de la filière automobile, dont les Conti, ont défilé jeudi à Paris et envahi la bourse. Ils ont bien compris d’où le mal venait. Le capitalisme n’est pas moralisable car la morale n’appartient pas à son univers mental.

La question d’actualité, celle que les luttes sociales mettent en lumière résident dans l’urgence de sortir de cette logique destructrice pour faire prévaloir l’intérêt des hommes, des sociétés, l’intérêt général tout simplement, contre celui des prédateurs.

 

 

Par Patrice Carvalho - Publié dans : POLITIQUE NATIONALE
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Vendredi 4 septembre 2009

66% des Français sont opposés à l’instauration de la taxe carbone, selon un sondage Sofres / Europe 1. 74% la jugent inefficace. Et nul ne pourra dire que les sondés sont mal informés : ce sont ceux qui en savent le plus sur le sujet qui sont les plus réfractaires (70%).

Conséquence : le bateau tangue tant au PS puisque c’est un socialiste (Michel Rocard) qui a préconisé cette trouvaille, qu’à l’UMP où l’on se souvient qu’une certaine « TVA sociale » avait provoqué, en 2007, quelques dégâts électoraux. Les mêmes causes peuvent produire les mêmes effets à quelques mois des régionales.

Les Français ont du bon sens et de l’expérience. Ils ont évidemment du mal à avaler qu’ils vont devoir s’acquitter d’une nouvelle taxe qui leur serait restituée (nul ne sait d’ailleurs encore comment). Un impôt remboursé, voilà du jamais vu.

On les taxe pour les responsabiliser et modifier leurs habitudes, leur affirme-t-on. Ceux qui paient une taxe sur les ordures ménagères connaissent la chanson.

On leur a dit et répété que s’ils devenaient vertueux dans le tri et le traitement de leurs déchets, la taxe baisserait. Elle a dépassé par foyer le niveau de leur taxe d’habitation et elle sert à gonfler les profits des multinationales qui ont investi dans le ramassage des ordures et leur recyclage.

En l’occurrence, la famille qui habite en milieu rural ou périurbain se demande bien comment elle pourra diminuer sa facture d’essence, en l’absence de transports en commun ou de toute autre alternative à la voiture.

Faudra-t-il, par ailleurs, cesser de se chauffer ? Entreprendre des travaux d’isolation dans sa maison ? Avec quel argent, surtout quand je dois payer mon énergie plus cher pour cause de taxe carbone ?

Dans cette affaire, à l’image des Conti transformés en coupables, les foyers sont montrés du doigt comme responsables de la dégradation de l’environnement, alors que les industriels les plus pollueurs ne sont soumis qu’à des quotas européens de pollution, de surcroit, gratuitement.

Le niveau de la dite taxe n’est pas encore tranché.

Le lobby vert persuadé de sa puissance après les européennes s’agite. Cohn Bendit déclare que cet impôt est « révolutionnaire », ayant visiblement perdu le sens des mots depuis qu’il a troqué le col Mao pour le costume libéral et le jean bobo.

Rocard voulait porter la taxe à 32 € par tonne de CO2 émise ; Fillon annonce 14 € ; Sarkozy hésite.

Dans tous les cas, cela veut dire une troisième taxe sur les carburants après la TIPP et la TVA, qui représentent déjà 60% du prix à la pompe, une hausse du fuel et du gaz… bref, une nouvelle saignée sur le pouvoir d’achat des Français appelée à être de plus en plus douloureuse au fil des années puisque la taxe est censée être portée à 100 € par tonne de CO2 en 2030.

La taxe survivra-t-elle à la condamnation des Français ? A moins que ce soit ses auteurs qui s’en trouvent carbonisés.

 

 

Par Patrice Carvalho - Publié dans : POLITIQUE NATIONALE
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Vendredi 4 septembre 2009

Les Conti ont donc été condamnés entre 3 et 5 mois de prison avec sursis. Et ils ne sont pas au bout de leur peine puisqu’ils ont, à nouveau, rendez-vous avec la « justice », le 4 novembre, pour, cette fois-ci, être frappés au porte monnaie.

Pour qui a suivi cette lutte, le verdict prend tout son sens si nous le rapprochons de celui qu’a rendu le tribunal de Sarreguemines grâce auquel a été absoute la direction de la multinationale poursuivie par les salariés pour n’avoir pas respecté les règles élémentaires de la procédure de licenciement.

Les patrons voyous étaient sortis « blanchis » du prétoire, eux qui avaient roulé dans la farine leurs employés en leur promettant la pérennité de l’usine s’ils revenaient aux 40 heures, eux qui avaient minutieusement organisé la liquidation du site, eux qui avaient foulé aux pieds les droits élémentaires du code du travail.

Il en est allé tout autrement pour les ouvriers de Clairoix, quand à l’annonce de ce verdict inique de Sarreguemines, leur colère a explosé à la sous-préfecture de Compiègne.

La ministre de l’intérieur en personne s’est dépêchée sur place et appelée à des peines exemplaires. Comble de la malchance pour les Conti, elle est devenue ministre de la justice. Et le verdict est tombé : prison avec sursis pour ceux qui ont été trompés, jetés à la rue. Au final, les victimes sont devenues les coupables, ceux qui étaient en situation de légitime défense sont condamnés et les délinquants patronaux ont pu en toute impunité attenter à la vie de plus de 1000 familles, délester la région Compiégnoise de 3000 emplois si nous considérons les effets induits de la fermeture de l’usine de Clairoix.

« Selon que vous serez puissant ou misérable », écrivait Jean de la Fontaine. « les jugements de cour vous rendront blanc ou noir »

Le mouvement ouvrier a appelé cela la « justice de classe ». Elle est plus vivace que jamais car, à l’image des animaux du fabuliste , la société est malade d’une peste qui a substitué les intérêts de la finance et des multinationales à ceux des nations et de leurs populations, avec la complicité des pouvoirs politiques ou, dans le meilleur des cas, leur impuissance. Voilà bien ce qu’il faut changer, une exigence qui monte dans toutes les luttes sociales en cours face à la déferlante des plans sociaux et dont les Conti sont l’emblème.

C’est d’ailleurs et en outre pour tenter de tuer dans l’œuf la colère qui gronde que la justice est appelée à la rescousse, frappant de son glaive « ces pelés, ces galeux » d’ouvriers qui attentent à l’ordre établi.

Cela suffira-t-il – et jusqu’à quand – à maintenir sur cette marmite en ébullition le couvercle étouffoir ?

 

Par Patrice Carvalho - Publié dans : POLITIQUE NATIONALE
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