Les repentis et les convertis, avec la foi des néophytes, fournissent souvent les plus beaux bataillons d’orthodoxes et d’intégristes.
Il en est ainsi d’Eric Besson, ancien socialiste, qui a cédé aux délices du sarkozysme et qui met en œuvre la politique de son maître avec la foi du charbonnier.
Propulsé ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire, un intitulé qui fleure bon le pétainisme, il ne rechigne à aucune (basse) besogne.
A l’exemple de son mentor, qui hier fermait Sangate abandonnant les trottoirs de Calais aux réfugiés afghans et irakiens ainsi chassés, il a eu à cœur de « nettoyer la jungle» en produisant les mêmes effets que celui qui s’était livré à la même opération.
Et voilà qu’ à présent, il se glorifie d’avoir expulsé vers Kaboul trois afghans, en nous laissant croire que leur sécurité était assurée sur place.
C’est tout juste s’il ne nous a pas annoncé que le pôle emploi allait leur trouver du boulot et leur verser les assedic à l’atterrissage du charter. Chacun sait bien que l’Afghanistan, pays en guerre, gangrené par la corruption et menacé par les talibans, est un véritable Club Med pour les réfugiés de retour.
Mais le zèle de M. Besson n’a pas de limites. Il nous a annoncé, dans la foulée, un grand débat à l’échelle du pays sur l’identité nationale.
En l’occurrence, cette dernière vient d’être sérieusement écornée car la France avait pour tradition de ne jamais expulser des réfugiés vers des pays en guerre.
C’est ainsi que nous avons accueilli autrefois des républicains espagnols quand leur nation était en proie à l’offensive du franquisme et plus récemment des irakiens, notamment des catholiques chaldéens menacés par les islamistes.
Le gouvernement veut parler d’identité nationale. Je dis chiche !
Qu’en est-il, par exemple, de l’identité française quand nous la voyons délibérément sacrifiée sur l’autel de l’Europe du traité de Lisbonne et de la mondialisation libérale ?
Qu’en est-il quand nos industries sont bradées, vampirisées, puis dépecées par des multinationales apatrides œuvrant en toute impunité au nom de la « concurrence libre et non faussée » ?
Qu’en est-il quand nos entreprises publiques sont livrées aux privatisations, aux appétits de la finance, de la rentabilité à court terme et aboutissent à faire autant de cas de leurs salariés que chez France Télécom ?
Qu’en est-il quand nos services publics, telle la Poste, sont promis au même sort ?
Qu’en est-il quand le code du travail est piétiné, notre pacte social fondé sur la solidarité mis en cause, chaque jour davantage ?
Ceux qui historiquement se sont réclamés à l’identité nationale sont le plus souvent les mêmes qui l’ont le plus menacée. Les envolées pétainistes de Sarkozy (cette semaine, sur le thème de la terre) et de Besson devraient faire réfléchir de ce point de vue.
L’un des ressorts essentiels du pétainisme consistait à présenter une politique de capitulation comme une régénération nationale. Le déguisement en révolution nationale de la soumission du sarkozysme au capitalisme mondialisé s’y apparente.